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Festival de Cannes 2014 – Episode 3 : Egoyan, Amalric, Ceylan, Bonello, Ulliel, Truffaut, Depardieu et les autres

Written by Sandra Mézière. Posted in Festival de Cannes, Festival de Cannes 2014, Festivals de cinéma

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Published on mai 20, 2014 with No Comments

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Un soleil insolent s’est installé sur la Croisette et exacerbe le sentiment d’irréalité procuré par le doux écoulement des journées au rythme des projections qui s’enchaînent à tel point que j’enrage de n’avoir pas le temps de vous en parler comme je le souhaiterais. Un peu éblouie par ce soleil mais plus encore par les lumières du cinéma qui, à Cannes, se font plus étincelantes et éclatantes qu’ailleurs, j’en retiens des images disparates, presque psychédéliques, comme celles qui émaillent parfois le film de Bertrand Bonello sur Yves Saint Laurent projeté dans le cadre de la compétition de ce 67ème Festival de Cannes.

Le cinéma à forte dose abolit les frontières entre les mondes et les époques et je me demande si je ne suis pas comme la Cecilia de « La Rose pourpre du Caire » de Woody Allen et si les personnages de fiction traversent réellement l’écran ou si ces instants ne sont que le fruit de mon imaginaire dans ce doux refuge que sont les salles obscures de ce festival. Ainsi, après avoir revu le chef d’œuvre de Truffaut « Le dernier métro » (quel plaisir que de le visionner à nouveau dans le cadre de Cannes Classics cet après-midi), quelques heures plus tard, son (magistral) acteur principal lisait devant moi un texte de Khalil Ghibran de sa voix inimitable, au milieu d’une prestigieuse assemblée qui retenait son souffle, alors qu’il peinait  à retrouver le sien tout juste descendu de son hélicoptère. (Thierry Frémaux, quelques minutes auparavant, craignait qu’il ne vienne finalement pas, et en a ainsi signalé l’arrivée entendue depuis la salle du 60ème où se déroulait l’évènement).

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 En fait, je ne souhaite pas savoir si tout ceci est réel ou rêvé, simplement que le songe se poursuive et maintienne la réalité en sommeil, quelques jours encore. Voilà ce que j’ai retenu de ces deux derniers jours en quelques mots, en attendant des développements et critiques dignes de ce nom. Pour pouvoir aller voir « The Homesman » de Tommy Lee Jones dans quelques heures (et l’apprécier), c’est donc seulement en chiffres, émotions, couleurs, pensées, citations,  images, que je vous livre un petit résumé de ces deux jours :

-3 heures et 16 minutes. Telle est la durée du film de Nuri Bilge Ceylan « Winter sleep ». 3H16 que je n’ai pas vues passer. Captivée par le sens du cadre et plus encore celui de la psychologie du réalisateur qui sait aussi bien capturer la rudesse des paysages que celle des cœurs, les paysages et les âmes plongés dans l’hiver. Un film à la fois aride et lumineux comme ses personnages principaux que l’on quitte et abandonne à regret à leurs faiblesses attendrissantes et solitudes désarmantes.

 -3minutes 30 : le temps des applaudissements pour le film précité qui, indubitablement en aurait mérité beaucoup plus. Un très beau film dont je vous reparlerai.

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 -Noir et blanc : le judicieux contraste de couleurs par lequel débute le film de Bertrant Bonello « Saint Laurent ». Nous le découvrons de dos à la réception d’un hôtel se présentant sous un nom d’emprunt et puis de dos dans une atmosphère blafarde, cafardeuse. Un homme dans l’ombre. Un homme et ses zones d’ombre.  L’artiste face à ses démons. Un film qui alterne entre envolées créatrices et scènes superflues, entre de trop rares moments de grâce et des moments de vacuité, qui confond parfois mélancolie et ennui, porté néanmoins par la composition nuancée de Gaspard Ulliel et surtout celle d’Helmut Berger (qui domine, et de loin, la distribution), et par la beauté de l’art de Saint Laurent. Le film reste un hommage créatif au génie mélancolique qu’était Saint Laurent mais aussi un défilé de scènes inégales si bien que là où les hallucinations et les excès permettaient à Saint Laurent de donner vie à des modèles sublimes, le désordre dans le montage du film se perd et nous perd parfois. Vains excès.

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 Quelques phrases retenues de la conférence de presse : Bonello n’a pas vu le film de Jalil Lespert (que j’avoue lui avoir préféré: ma critique, ici). « Ce qui nous intéressait, c’est de montrer le travail, ce sont les couturières qui ont créé les costumes du film qui sont à l’écran », « Le projet était très antérieur au film de Lespert qui a eu le soutien ferme et définitif de  Bergé » (Eric Altmayer, le producteur), « Ce 2ème film nous a libérés des contraintes du biopic traditionnel pour aller dans la vérité de ce qu’on voulait faire ». Jérémie Rénier a également fait part de son admiration en voyant Gaspard Ulliel composer son personnage, « Quand le texte est si beau, l’acteur n’a qu’à s’incliner devant les mots » (Amira Casar), « Plus qu’un biopic, c’est une odyssée dans la tête du créateur » (Gaspard Ulliel),  « Saint Laurent a une fragilité dans la voix qui ne devait pas se transformer en faiblesse » (Bonello), « J’avais la volonté de faire avancer le film par contrastes pour donner du relief et l’âme du personnage » (Bonello), « Je tenais à tourner en 35 mm pour offrir une richesse sur les couleurs et textures ?

 -La fascination pour les premiers plans du film d’Atom Egoyan que j’ai trouvés étourdissants de beauté glaciale et réellement captivants, lyriques même… La déception fut ensuite à la hauteur de l’étourdissement suscité par ces premières images. Ce qui débutait comme un polar se poursuit comme une vulgaire et racoleuse série tv américaine. Dommage, vraiment, car les idées ne manquaient pas pour nous montrer cette innocence ternie et ces personnages captifs des images, enfermés dans l’écran.

 -« L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu ». Une citation de Molière qui m’a accompagnée toute la journée. Allez savoir pourquoi.

 – La voix de Depardieu encore qui prononce tant de fois et tant de fois différemment et intensément cette sublime phrase de Truffaut dans « Le dernier métro » (que l’on retrouve d’ailleurs aussi dans « La Sirène du Mississipi) : « Tu es si belle que te regarder est une souffrance. (Hier, tu disais que c’était une joie.) C’est une joie et une souffrance. »

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-Le scintillement des bougies à la soirée Swarovski qui donnait l’impression que la mer même était constituée de cristaux éblouissants dans un lieu judicieusement nommé « L’Ecrin »

 -Le brio avec lequel Amalric adapte  Simenon et autopsie un drame mais surtout la vie de province et ses âmes faussement sereines, le tout sublimé par une justesse exceptionnelle dans la direction d’acteurs et par conséquent dans le jeu de ces derniers. Il y avait « La Veuve Couderc », « En cas de malheur », « Le chat » et tant d’autres. Il faudra désormais compter avec « La chambre bleue ».

-Les images de la beauté versatile de la Croisette qui, du lever au coucher du soleil, semble éclairée par les meilleurs directeurs de la photographie

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-Envoûtée par la poésie hypnotique, la puissance métaphorique et la force ensorcelante des premières images de « The Prophet ». Un moment de magie comme seul Cannes sait en susciter. Présentée par Sama Hayek, la soirée fut aussi courte que réjouissante.  Le festival a en effet consacré cette séance spéciale en hommage au cinéma d’animation, en accueillant les premières images de Kahlil Ghibran’s The Prophet, produit par Salma Hayek, qui est également l’une des voix du film. Les réalisateurs ayant participé à cette oeuvre collective étaient également présents : Roger Allers, Gaëtan et Paul Brizzi, Joan C. Gratz, Mohammed Saeed Harib, Tomm Moore, Nina Paley, Bill Plympton, Joann Sfar et Michal Socha. Des extraits  du film (réellement magnifiques)  ont été projetés et des passages du livre du poète libanais ont été lus par Julie Gayet et Gérard Depardieu.

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Et c’est avec le souvenir de ce moment hors du temps et celui des notes mélodieuses de Gabriel Yared que je vous laisse…

A lire également – épisodes précédents :

-mon article « Programme complet du Festival de Cannes 2014 et passion(s) cannoise(s) 

-Festival de Cannes – Episode 1: Cérémonie d’ouverture et projection de « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan

-Festival de Cannes 2014 – Episode 2 : « Mr Turner » de Mike Leigh, ouverture d’Un Certain Regard et « Party girl »

Inthemoodforfilmfestivals dans les médias :

-Dans le journal Nice Matin du jour:

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-un article de 20 minutes me citant comme compte twitter à suivre

-Un article du Courrier de la Mayenne que vous pouvez retrouver ici.

-Sur le site internet de Nice-Matin

A suivre… et quelques clichés de ce jour:

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About Sandra Mézière

Romancière (auteur d'un premier roman "L'amor dans l'âme" et d'un recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles", publiés aux Editions du 38) et blogueuse. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 23 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés, 5 sur le cinéma et 2 sur le luxe et la mode ( http://inthemoodforcinema.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodfordeauville.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com, http://inthemoodforluxe.com ), de romans; scénarii et de nouvelles. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema ). Vous pouvez également me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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