
« Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer »
de Thomas Bardinet était en compétition du dernier Festival International du
Film de Boulogne Billancourt dont j’étais membre du jury (retrouvez ici moj
compte-rendu de jurée au festival). Ce fut mon coup de coeur du festival et nous
avons eu le plaisir de récompenser Lou de Laage du prix de la meilleure actrice
pour ce film, ce dont je me réjouis d’autant plus qu’elle irradiait déjà dans
le très beau premier film de Frédéric Louf « J’aime regarder les filles
» dont je vous ai parlé à maintes reprises (dont vous pouvez également retrouver ma critique ici
ainsi que l’interview du réalisateur et de l’acteur
principal).


Dans ce film, elle interprète Natacha, comédienne
au théâtre comme dans la vie. C’est le début des vacances et le cœur de Nino
balance entre cette dernière rencontrée dans le train et la délicieuse Nathalie
qu’il connaît depuis toujours. Celle-ci refuse que «l’homme de sa vie» s’éloigne
d’elle aussi inexorablement que son enfance…
Ce film possède toute la fraîcheur, l’innocence
et la violence mêlées de l’adolescence, toute la fragilité aussi. Le réalisateur
Thomas Bardinet a fait de ce qui aurait pu être un défaut une force : du manque
de moyens (il occupe tous les postes du film et a tourné sans équipe technique),
de la photographie parfois très sombre émane la sensation de voir une
adolescence telle qu’elle est dans le souvenir, au milieu d’une sorte de
brouillard qui, à la fois, l’idéalise et la radicalise, comme dans un conte.
Le décor est parfois inexistant tout comme les
parents le sont d’ailleurs (nous ne voyons jamais leurs visages) pour laisser la
part belle au jeu, aux visages des jeunes interprètes qui interprètent un texte
volontairement très écrit, de manière un peu théâtrale, comme dans les films de
Rohmer, référence assumée, le ton rappelant fortement ses contes moraux.
Si toute la distribution est remarquable, Lou de
Laâge est indéniablement au-dessus du lot et confirme la révélation de « J’aime
regarder les filles » tant elle dévore l’écran.
Située dans les années 50 l’intrigue a un
caractère intemporel, presque anachronique. Les métaphores parfois un peu
simplistes comme le papillon de la fin pour signifier le passage à l’âge adulte,
au lieu de faire tomber le film dans la mièvrerie lui donne une jolie candeur
parfaitement assumée, mélange de gravité et de légèreté propre à cet âge.
Un réalisateur à suivre qui a su sublimer ses
jeunes interprètes et tirer profit des limites budgétaires. Pour moi, la plus
belle et rafraîchissante surprise de ce festival…et, rassurez-vous, il ne s’agit
pas là d’un énième biopic comme son titre pourrait le laisser croire, Nino
Ferrer n’étant là que comme une référence musicale et judicieuse pour établir un
parallèle avec l’adolescence du jeune Nino.
En salles le 25 avril.








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