IN THE MOOD LE MAGAZINE

DEPUIS 2003. LE BLOG POUR PLONGER "IN THE MOOD FOR CINEMA" SANS MODERATION. LE BLOG DE SANDRA MEZIERE, ROMANCIERE.

Critiques – « My week with Marilyn » de Simon Curtis et « La Comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz

Written by Sandra Mézière. Posted in Critiques de films à l'affiche, Critiques des films à l'affiche en 2012

Tagged: , , , ,

mari2

Published on avril 14, 2012 with No Comments

My Week with Marilyn : affiche

Personne encore n’avait eu l’audace ou
l’inconscience de s’attaquer au mythe ultime du cinéma dont le prénom seul
suffit à l’identifier, Marilyn, alors que, pourtant les biopics fleurissent ces
dernières années et même ces dernières semaines ( après « Cloclo »
récemment encore). Le seul qui m’ait vraiment enthousiasmée pour l’instant est
le « Gainsbourg
vie héroïque » de Joann Sfar
qui n’est pas une simple transcription sur
l’écran de l’existence du chanteur mais une audacieuse et poétique entreprise
artistique (voir
ma critique ici
). Employer le terme de biopic pour « My week with Marilyn »
est d’ailleurs inexact puisqu’il s’agit d’une manière plus ou moins habile de le
contourner en ne racontant qu’une semaine de la vie de cette dernière.

Cette semaine se déroule au début de l’été 1956
lorsque Marilyn Monroe (Michelle Williams) se rend en Angleterre pour la
première fois pour tourner « Le Prince et la Princesse », réalisé par Sir
Laurence Olivier (Kenneth Branagh) qui en interprétait aussi le rôle principal,
ou la rencontre de deux légendes, l’une du théâtre, l’autre du cinéma qui ne
rêvaient finalement d’être que ce que l’autre était (une actrice reconnue pour
son talent pour Marilyn, une star pour Sir Laurence Olivier). Marilyn vient de
se marier avec le dramaturge Arthur Miller (Dougray Scott). Ce même été, le
jeune Colin Clark (Eddie Redmayne), âgé de 23 ans, ne rêve que de découvrir les
coulisses d’un tournage de cinéma. Il parvient ainsi à se faire employer comme
assistant sur le plateau.

« My week with Marilyn » est adapté de deux
livres de Colin Clark « The  Prince, the Showgirl and Me » et d’un livre
éponyme.

Quel plus beau et à la fois plus impossible
personnage de cinéma que Marilyn qui était elle-même, déjà, un personnage dans
la vie puisqu’elle interprétait constamment un rôle, se mettant en scène,
maquillant son vrai visage (dans tous les sens du terme) ? Le film commence et
s’achève sur une image de Marilyn sur l’écran…et ne s’en détachera d’ailleurs
guère. Si c’est bien à celle qui se dissimulait derrière ce masque que le film
s’attache, il ne parvient pourtant jamais à s’éloigner des clichés se contentant
au contraire de les aligner (dans les deux sens du terme, des clichés sur sa
personnalité à ceux, visuels, qui l’ont immortalisée).

Velléitaire et déterminée, forte et si
fragile, éblouissante et égarée, entourée et si seule, tellement observée et
incomprise, orgueilleuse et doutant d’elle-même, enfantine et incarnation
suprême de la féminité, manipulatrice et manipulée : Marilyn réunit tous les
(fascinants) paradoxes des artistes et les porte à leur paroxysme. De bien
belles images dont le film ne parvient jamais à s’éloigner expliquant seulement
son besoin d’amour immodéré, sa fragilité et ses failles, sommairement,  par le
manque de  sa mère.

Une vraie fiction sur une artiste « quelconque »
aurait été à mon sens beaucoup plus intéressante que ce biopic qui tente,
maladroitement, de contourner les règles du genre. Il est vrai que Mankiewicz
avec « La Comtesse aux pieds nus » et « Eve » (dans lequel jouait d’ailleurs
une certaine Marilyn) avait déjà tout et magnifiquement dit.

Forcément ici tout souffre de la comparaison.
Comparaison avec ces films dans lesquels Marilyn irradiait. Comparaison avec son
inimitable phrasé et démarche que, malgré son talent et ses efforts, Michelle
Williams n’atteindra jamais oscillant entre un mimétisme parfois réussi
(lorsqu’elle danse), et parfois frôlant le grotesque (lorsqu’elle minaude).

Si la mise en scène très classique (voix off de
rigueur…) relève du téléfilm (Simon Curtis, le réalisateur, vient d’ailleurs de
la télévision), la bande originale (Johnny Ace, Nat King Cole, Dean Martin et la
composition d’Alexandre Desplat), la touchante naïveté du personnage de Colin
(belle découverte que Eddie Redmayne) totalement ébloui et sincèrement touché
par la fragilité de Norma Jean et soucieux de la protéger, et la présence
toujours charismatique de Judi Dench sauvent le film (contrairement à la
terrible erreur de casting de Julia Ormond en Vivien Leigh).

Le seul intérêt de ce film s’inscrivant dans la
mouvance actuelle d’un cinéma nostalgique et du biopic (et qui ne prend guère de
risques en s’assurant l’intérêt du public acquis à la cause du personnage)  est
finalement de nous donner envie de revoir les films avec Marilyn, et notamment
“Le Prince et la Danseuse” dont les scènes de tournage sont recréées ici (avec
la présence étouffante de Paula Strasberg).

Un jeu de mise en abyme et de mimétisme décevant
qui ne fait que renforcer le mystère fascinant des artistes dont Marilyn
incarnait si bien les troublants paradoxes et  que le film de Michel
Hazanavicius décrit magnifiquement en mettant en scène la solitude et l’orgueil
dévorants des artistes. Revoyez plutôt « The Artist » ou « La Comtesse aux pieds
nus ».

Remarque: Marilyn Monroe figure aussi sur l’affiche du 65ème Festival de Cannes. Retrouvez mon article à ce sujet, ici.

Critique  de « La Comtesse aux pieds
nus » en bonus ci-dessous.

La comtesse aux pieds nus, Ava Gardner, cinéma, film, Humphrey Bogart

Ce film fait partie
de mes premiers souvenirs cinématographiques, des premiers films m’ayant
marquée, en tout cas, et que je n’avais pas revu depuis un moment : « La
Comtesse aux pieds nus » (en vo « The Barefoot Contessa »), un film de 1954 de
Joseph L.Mankiewicz, écrit, réalisé et produit par Joseph L.Mankiewicz (avec
Franco Magli, pour la production), ce qui est loin d’être un simple détail
puisque « La Comtesse aux pieds nus » est la première production de Joseph
L.Mankiewicz qui s’était ainsi affranchi de la tutelle des grands studios
américains (Il avait auparavant réalisé des films pour la 20th Century-Fox et
pour la Metro-Goldwyn-Mayer.) en fondant sa propre société « Figaro Inc.
».

La comtesse aux pieds nus, Ava Gardner, cinéma, film, Humphrey Bogart

Ce film fit parler
de lui bien avant sa sortie en raison des similitudes du scénario avec la vie de
Rita Hayworth (star de la Columbia) parmi d’autres similitudes frappantes avec
le cinéma d’alors comme la ressemblance entre l’antipathique Kirk Edwards et
Howard Hughes. Le rôle fut même proposé à Rita Hayworth qui, en raison de la
ressemblance avec sa propre existence justement, refusa.

« La Comtesse aux
pieds nus » débute, en Italie, un sinistre jour de pluie à l’enterrement de la
star hollywoodienne Maria d’Amato née Maria Vargas (Ava Gardner). Le scénariste
et réalisateur Harry Dawes (Humphrey Bogart) se souvient de leur première
rencontre alors qu’elle travaillait comme danseuse, dans un cabaret de Madrid,
alors que ce dernier cherchait une nouvelle vedette pour le compte du producteur
et milliardaire Kirk Edwards (Warren Stevens). Face à la statue de Maria, aux
pieds symboliquement dénudés, alternent ensuite les récits d’Oscar Muldoon
(Edmond O’Brien), l’agent de publicité, de Harry Dawes et de son mari, le comte
Vincenzo Torlato-Favrini (Rossano Brazzi) qui dissimule un douloureux secret…à
cause duquel Maria perdra ses dernières illusions, et la vie.

La comtesse aux pieds nus, Ava Gardner, cinéma, film, Humphrey Bogart

Dès le départ, le
récit est placé sous le sceau de la fatalité et de la tragédie. La pluie
implacable. L’enterrement sous un ciel grisâtre. L’atmosphère sombre. La voix
poignante et traînante d’Humphrey Bogart. Cette statue incongrue, d’une
blancheur immaculée. La foule qui se presse, vorace, pour assister à sa dernière
scène, ultime cynique ironie du destin pour Maria, éprise d’absolu et de
liberté, qui voit même son enterrement lui échapper, en tout cas l’enfermer dans
un rôle, chacun, là encore, cherchant à se l’approprier.

Au-delà de ses
ressemblances avec des personnalités ayant réellement existé, « La Comtesse aux
pieds nus » est un classique pour de nombreuses raisons, à commencer par
l’originalité de sa construction, ses flashbacks enchâssés qui permettent
d’esquisser un portrait de Maria qui, malgré tout, reste d’une certaine manière
insaisissable. Ces récits sont encore une fois une manière de se l’approprier,
de l’enfermer, de décrire « leur » Maria même si Harry Dawes lui voue une amitié
sincère, seul personnage réellement noble, désintéressé, au milieu de ces
univers décadents. Mankiewicz avait déjà utilisé ce procédé dans « Eve », autre
chef d’œuvre sans concessions, sur l’univers du théâtre cette fois, et
démonstration cruelle mais terriblement juste sur l’arrivisme (j’en ai observé
un rayon dans ce domaine…).

Mankiewicz décrit en
effet, à travers le parcours de Maria (trois portraits d’une même femme) trois
univers distincts : celui du cinéma hollywoodien, des grandes fortunes sur la
Riviera et de l’aristocratie italienne, trois univers à la fois dissemblables et
semblables dans leur décadence, tous trois théâtres de faux-semblants, de
lassitude et de désenchantement. Maria, si lumineuse, semble égarée dans ces
mondes qui l’emprisonnent.

Mankiewicz
définissait « La Comtesse aux pieds nus » comme une « version amère de
Cendrillon ». Il multiplie ainsi les symboles, clins d’œil au célèbre conte de
fée : les chaussures (mais qui ici sont haïes par Maria pour qui elles
symbolisent la boue à laquelle elle a voulu échapper), son rêve d’amour
idéalisé, son mariage avec un comte (mais pas vraiment de conte puisqu’il
s’avèrera être une tragédie). Le rêve se transforme constamment en amertume
jusqu’à sa mort, jusqu’au dernier plan, dans ce cimetière, où, statufiée,
emprisonnée dans une image infidèle, elle reste seule face à la foule qui
s’éloigne et au cinéma qui reprend ses droits.

La comtesse aux pieds nus, Ava Gardner, cinéma, film, Humphrey Bogart

La photographie (du
chef opérateur anglais Jack Cardiff) même (à l’exception des images de
l’enterrement) rappelle les couleurs chatoyantes d’un conte de fée, ce qui n’en
fait pas pour autant un film suranné mais, au contraire, en fait une oeuvre
particulièrement intemporelle dans la description de ces univers, éternels
théâtres de vanités même si Mankiewicz dira que « le prince charmant aurait dû,
à la fin, se révéler homosexuel, mais je ne voulais pas aller aussi loin » ,
limitant la modernité du film (même si deux plans y font référence) mais aussi
dans la description de la solitude de l’artiste, auréolé de mystère.

La mise en abîme,
les flashbacks, l’intelligence des ellipses, la qualité de la voix off, la juste
description de théâtre de faux semblants, les similitudes avec la réalité du
cinéma hollywoodien de l’époque, tout cela en fait un classique mais, sans
doute, sans les présences d’Humphrey Bogart et d’Ava Gardner n’aurait-il pas
laissé une telle empreinte dans l’histoire du cinéma. Le premier interprète à la
perfection ce personnage doucement désenchanté, mélancolique, lucide, fidèle,
intègre, à la fois figure paternelle, protectrice et même psychanalyste de
Maria. Et que dire d’Ava Gardner ? Resplendissante, étincelante, elle illumine
le film, empreinte, à l’image de celui-ci, de beauté tragique, et symbolise la
liberté entravée. Personnage de conte de fée aux rêves brisés pour qui rien ne
semblait impossible, même transformer la lune en projecteur et qui, peut-être,
n’aura été heureuse et elle-même que l’espace d’une danse, sublime et qu’elle
sublime, au milieu de gitans, bohême, libre, animale, sensuelle, et l’instant
d’un regard croisé ouvrant sur un océan de possibles.

Ne pas oublier non
plus Edmond O’Brien qui reçut l’Oscar et le Golden Globe du meilleur second rôle
masculin, en 1954. Mankiewicz fut, quant à lui, nommé pour la meilleure histoire
et le meilleur scénario original.

En revoyant « La
Comtesse aux pieds nus », des années après l’avoir revu de nombreuses fois, j’ai
à nouveau été marquée par sa beauté désespérée, par sa justesse, et même par sa
modernité, par la voix traînante et inimitable de Bogart, par l’élégance
lumineuse et triste d’Ava Gardner, par le mystère de ce personnage noble épris
d’absolu, être insaisissable et « féérique», presque irréel, dont, finalement,
personne ne sondera les contours. Che sara sara : ce qui doit être sera, vieux
dicton italien cité dans le film aux allitérations et assonances (et évidemment
à la signification) portant la même beauté traînante et mélancolique que cette «
Comtesse aux pieds nus » au destin fatal et à la magie tragique et non moins
ensorcelante.

Share this Article

About Sandra Mézière

Romancière (auteur d'un premier roman "L'amor dans l'âme" et d'un recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles", publiés aux Editions du 38) et blogueuse. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 23 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés, 5 sur le cinéma et 2 sur le luxe et la mode ( http://inthemoodforcinema.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodfordeauville.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com, http://inthemoodforluxe.com ), de romans; scénarii et de nouvelles. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema ). Vous pouvez également me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

Browse Archived Articles by

No Comments

There are currently no comments on Critiques – « My week with Marilyn » de Simon Curtis et « La Comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz. Perhaps you would like to add one of your own?

Leave a Comment

You must be logged in to post a comment.