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DEPUIS 2003. LE BLOG POUR PLONGER "IN THE MOOD FOR CINEMA" SANS MODERATION. LE BLOG DE SANDRA MEZIERE, ROMANCIERE.

Palmarès et compte-rendu du 14ème Festival du Film Asiatique de Deauville 2012

Written by Sandra Mézière. Posted in Festival du Film Asiatique de Deauville 2012, Festival(s) de Deauville

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Published on mars 16, 2012 with 2 Comments

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18×10+5×11. 235. Au minimum. Entre le Festival du
Cinéma Américain de Deauville et le Festival du Film Asiatique de Deauville, tel
est le nombre total de mes journées cinématographiques passées à Deauville. Et
pourtant… Et pourtant, sa mélancolie douce, sa beauté presque réfractaire à
cette période de l’année, d’une violence et d’un charme mêlés et subreptices,
m’envoûtent toujours autant.  A l’image de celles des films présentés en
compétition dans le cadre de ce Festival du Film Asiatique.

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Deuil, fuite impossible et énergie du désespoir

Deuil (surtout), fuite inexorable et vaine, quête
d’identité, perte d’innocence : les thèmes des films de la compétition de cette
édition 2012 ont brossé le portrait de sociétés et d’êtres étouffés par le
malheur, la pauvreté, en quête d’un ailleurs et d’espérance bien souvent
inaccessibles.

Corée du Sud, Japon, Chine, Iran, Philippines :
telles étaient cette année les destinations de cette évasion cinématographique,
une évasion bien souvent impossible pour les personnages des films présentés,
réalisés avec l’énergie du désespoir.

« Cela me remplit de joie de voir de jeunes
cinéastes faire preuve d’un tel talent, d’une telle énergie », a ainsi, à juste
titre, remarqué le président du jury de cette édition 2012, Elia Suleiman (dont
le discours de clôture était d’ailleurs remarquable, cf vidéo ci-dessous quand
d’autres se contentent parfois d’annoncer les prix).

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Prédécesseurs

En 2010, le grand prix avait été attribué à
« Judge », un film chinois de Liu Je qui, en
quelques plans magistraux, traduisait toute l’absurdité, la bêtise, l’horreur de
la peine de mort comme dans cette scène où en arrière-plan, le destin d’un homme
est suspendu à la joute verbale de deux autres, à l’ultime seconde. Au-delà,
c’est évidemment le portrait de la justice chinoise mathématique, glaciale,
inhumaine où l’on discute et décide de la vie ou de la mort d’un homme autour
d’un café, ou il faut une licence pour détenir un animal de compagnie, juge ou
non, élément vital ou non. En un plan, Liu Je traduit la violence de cette
justice, machine implacable, ou encore l’impossibilité de communiquer face au
drame absolu (en l’espèce la perte d’un enfant). Les scènes vues du point de vue
du condamné sont tout aussi édifiantes lorsqu’il n’est pas filmé comme une
vulgaire chose perdue au milieu d’un plan d’ensemble, considéré comme tel aux
yeux d’une justice qui a droit de vie et de mort sur les Hommes.

En 2011, le film lauréat du grand prix, «
Eternity » de Sivaroj Kongsakul, parlait aussi de deuil
(thématique déjà récurrente l’an passé) mais était sans doute le plus lumineux
du festival. Ce film est sans doute celui qui avait découragé le plus grand
nombre de festivaliers non pas à cause de sa violence dont il ne fait nullement
preuve mais de sa lenteur. Réaction sans doute symptomatique d’une époque où
l’ennui est la pire des souffrances, où tout doit aller très vite, où tout doit
être immédiatement traduisible en un sms ou un twitt, où il faut aller
directement à l’essentiel. Si cette lenteur a été pour beaucoup visiblement
synonyme d’ennui, elle est pour moi ici synonyme de sérénité, de poésie, de
sensibilité, de confiance en la patience et l’intelligence du spectateur (quand
tant cherchent à l’infantiliser). Il fallait en effet accepter de se laisser
(em)porter par ce film thaïlandais qui débute par de longs plans séquences au
cours desquels un homme traverse des paysages à moto, prisonnier du cadre
cinématographique comme de l’éternité. Sibaroj Kongsakul a réalisé ce film pour
rendre hommage à ses parents et à leur histoire d’amour. Amos Gitaï en lui
remettant le grand prix a défini ce film comme un “film de challenge, à la
limite du projet artistique abstrait qui fait preuve d’ironie et de tendresse
dans sa description d’un couple”. Très beau film d’amour aussi où tout se
déroule en douceur, en gestes esquissés ou maladroits comme deux mains qui se
rejoignent presque imperceptiblement à travers une moustiquaire, où la nature
impassible et radieuse semble être un troublant pied de nez à la mort , où tout
dit la douleur de l’absence dans un présent simple et évanescent, une absence
qui tisse sa toile avant de se révéler, poignante. Un film plein de délicatesse
qui imprègne peu à peu, ne cherche jamais la facilité ou l’émotion mais finit
par conquérir la seconde.

Un an après…

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Un an, jour pour jour, après le tsunami et la
tragédie de Fukushima, comment le cinéma allait-il s’emparer de ce drame ?

Un an après, jour pour jour, par une tragique
ironie, était ainsi projeté à Deauville « Himizu » du japonais Sono
Sion
, adaptation du manga éponyme. Coup de cœur (et de poing) de ce
festival, d’une rageuse, fascinante, exaspérante et terrifiante beauté.

Sumida est un lycéen dont l’unique ambition est
de devenir un homme ordinaire. Son père, qui a quitté le foyer depuis longtemps,
réapparaît de temps à autre lorsqu’il a besoin d’argent. Sa mère s’est enfuie
avec son amant, laissant le jeune homme sans rien ni personne sur qui pouvoir
compter. Réalisant que son rêve ne pourra jamais être exaucé, Sumida devient
obsédé par les sanctions qu’il pourrait prendre contre les personnes
malfaisantes qui l’entourent.

Lorsque j’évoquais plus haut une beauté
réfractaire, c’est à ce film avant tout que je songeais. Les premiers plans,
effroyables, nous plongent dans le décor apocalyptique de l’après tsunami
exploré par de longs travellings, mais le chaos n’est pas seulement visuel,
c’est surtout celui qui ronge, détruit, étouffe les êtres qui ont perdu leur
identité et tout espoir. Les parents ne souhaitent qu’une chose à leurs enfants
synonymes d’avenir sombre et impossible : la mort. Les enfants eux ne souhaitent
qu’une chose : une vie ordinaire au milieu de cette violence extraordinaire. De
cette violente confrontation, de cette quête désespérée nait la beauté rageuse
du film, d’abord agaçant par sa noirceur exacerbée soulignée par une musique
grandiloquente puis fascinant. Ce chaos traduit la douleur indicible d’un Japon
désorienté, désespéré, sans avenir, sans espoir. La jeune fille qui suit
inlassablement Sumida dont la situation n’est guère plus enviable incarne le
rêve possible qui s’accroche malgré tout, un désir d’avenir (n’y voir là aucune
référence politique), un avenir qui semble condamné d’avance. Ajoutez à cela un
impressionnant travail sur le son (la tempête qui résonne fréquemment comme une
réminiscence insidieuse du drame), une écriture répétitive, brillante et
lancinante, des scènes fortes et vous obtiendrez un film qui, en tout cas, comme
tout grand film, suscitera votre admiration ou votre rejet et ne vous laissera
pas indifférent.

Ce film, d’une folie inventive et désenchantée,
d’un romantisme désespéré, d’un lyrisme tragique et parfois grandiloquent, est
porté par l’énergie du désespoir. Il s’achève sur un cri d’espoir vibrant et
déchirant. Sublime. Ravageur. La possibilité d’un rêve. Ce film a remporté le
prix de la critique internationale auquel je me réjouis de n’être pas tout à
fait étrangère…

Au pays d’Ahmadinejad

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Mon autre coup de Coeur/coup de poing de ce
festival est venu d’un film iranien “Death is my profession » d’Amir
Hossein Saghafi
qui aurait mérité sa place au palmarès.

Dans une région montagneuse d’Iran, trois
ouvriers n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leur famille et se retrouvent
contraints de voler, pour les revendre, des câbles de lignes à haute tension. Au
cours d’un de ces vols, ils tuent quelqu’un accidentellement et se transforment
alors en fugitifs…

Ce film qui a déplu à de nombreux festivaliers
est pourtant une brillante métaphore d’une étonnante maturité pour un
réalisateur de seulement 25 ans.  Comment évoquer la situation désespérée d’un
pays quand la parole est condamnée, voire impossible ? En montrant une réalité
dans laquelle la mort est la seule issue possible, après un éprouvant chemin de
croix (éprouvant, le film l’a visiblement été aussi pour certains spectateurs,
mais finalement à dessein puisque le fond se confond ainsi avec la forme, le
ressenti des personnages avec celui des spectateurs). Pour un maigre espoir de
survie, il faut risquer sa vie. Chacun semble être condamné  aux travaux forcés.
C’est un cercle vicieux d’un pessimisme absolu qui montre une société qui
étouffe, agonise, à bout de souffle, une société carcérale qui emprisonne ceux
qui la composent, où il vaut mieux risquer sa vie au milieu d’une nature
impitoyable que d’attendre une sanction humaine qui le sera encore plus. Filmé
comme un western (avec une influence visible de Sergio Leone et John Ford) avec
notamment le plan terrible de cette petite fille suspendu à un arbre comme une
charogne , « Death is my profession » est, à l’image de son titre, un film âpre
et sans concessions qui traduit brillamment une situation économique, sociale et
politique désespérée.

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C’est un autre film iranien qui s’est retrouvé
doublement au palmarès (mention spéciale de la critique et grand prix) :
« Mourning » de Morteza Farshbaf (Iran) (traduit par
« Querelles » et qui signifie « faire le deuil »).

Une querelle éclate entre un homme et sa femme
juste avant qu’ils ne prennent la route pour se rendre dans une ville plus au
nord, chez la sœur de l’épouse, Sharareh, et son mari Kamran. Le lendemain
matin, ces derniers apprennent la terrible nouvelle : ce qui est arrivé au
couple, sur la route, la nuit dernière… En état de choc, Sharareh et Kamran
partent pour Téhéran accompagnés d’Arshia, le fils du couple qui, la nuit du
drame, n’était pas avec ses parents. Entre l’aube et le crépuscule, pendant ce
voyage qui prendra toute une journée, Sharareh et Kamran doivent annoncer à
l’enfant la douloureuse nouvelle…

Mortez Farshbaf a eu l’intelligence de compenser
le manque de moyens par l’intelligence du dispositif qui saute aux yeux dès le
début du film. Plongé dans l’obscurité (comme le spectateur), un enfant entend
(ou peut-être pas…) la dispute qui éclate entre ses parents. Puis, au loin, une
voiture avance dans un impressionnant paysage épuré et vertigineux, tandis que
des sous-titres expriment le dialogue entre « Elle » et « Lui ». Puis, nous
découvrons la raison de ce dispositif : les passagers du véhicule sont muets, le
conducteur et sa femme, à ses côtés. A l’arrière, l’enfant. Puis les vérités
éclatent dans l’habitacle de la voiture dans un judicieux et paradoxal silence.
Un film à la fois muet et très bavard, aux frontières de l’abstraction, qui
parle beaucoup : de famille, de mort, d’absence, de rancoeur. La métaphore est
un peu appuyée : les sourds muets pour signifier l’impossibilité de communiquer,
la voix et la parole étouffées et une influence très marquée de Kiarostami,
lequel, dans « Copie conforme »,  nous avait brillamment (dé)montré ( au
passage, ce film de Kiarostami est un chef d’œuvre à voir absolument ne
serait-ce que pour l’interprétation polysémique époustouflante de Juliette
Binoche) par une subtile mise en abyme que l’art dépend du regard et de
l’interprétation de chacun à l’image de ce film également…

Les voix du silence…

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Le lotus du jury de cette édition 2012 a été
attribué par le jury d’Elia Suleiman au film philippin « Baby factory »
d’Eduardo Roy Jr. (Philippines)
qui n’est pas sans rapport avec le film
précédemment  évoqué puisqu’il traduit aussi une situation où la parole est
impossible, où les maux se disent en silence.

Sarah est infirmière dans la maternité d’un
centre hospitalier public. Comme l’établissement manque de personnel en cette
période de Noël, elle doit travailler deux fois plus. Les infrastructures sont
surchargées : deux mères et leurs nouveau-nés doivent partager le même lit alors
que s’entassent dans les couloirs des femmes sur le point d’accoucher. Sarah
fait face à cette situation avec sérénité, générosité et dévouement, réussissant
même à en oublier ses souffrances personnelles.

Très influencé par le cinéma de Brillante Mendoza
(Eduardo Roy Jr  a suivi des cours de scénario auprès d’Armando Lao, le
scénariste de « Serbis » et « Kinatay » de Mendoza), « Baby Factory » avec sa
vibrante caméra à l’épaule, nous immerge dans la vie d’une maternité de Manille,
une des plus (sur)chargées au monde avec plus d’une centaine de naissances par
jour. En mêlant fiction et documentaire, et en recourant à une structure
éclatée, Eduardo Roy Jr.  dresse le portrait de cette « baby factory » (terrible
expression qui reflète le mélange de douceur et de violence du lieu) et des
mères et des sages-femmes qui dissimulent leurs propres douleurs pour soulager
celles des premières, autant d’histoires et de drames esquissés, tristement
singuliers et universels.

La caméra déambule en douceur et avec délicatesse
dans cet univers frénétique composé d’urgences et de drames au milieu de la joie
de la vie qui s’élance,  s’immisçant subtilement dans la violence tacite de ce
que vivent ces femmes (judicieuse économie de dialogues) et cela n’en est que
plus bouleversant.

Sarah, l’infirmière, d’abord filmée
indifféremment parmi les autres devient peu à peu le sujet du film jusqu’au
dénouement où elle représente toute la douleur de cette silencieuse et
insidieuse violence.  C’est aussi la solidarité qui est mise en exergue au
milieu d’un système parfois inique, là encore filmée avec beaucoup de
délicatesse et d’empathie.

Un mélange habile de fracas de la réalité et de
celui du silence, de douceur dans la réalisation et de violence dans ce qu’elle
relate. Et une fin effroyable qui résonne longtemps après le générique comme un
cri  de désespoir étouffé. Etrangement ces scènes de corps qui donnent la vie ou
viennent de la donner rappellent celles de désolation du film de Sono Sion où la
vie est désespérément absente et le cri de désespoir de dénouement de l’un fait
tragiquement écho au cri d’espoir de l’autre.

Entre violence et innocence

Le reste de la sélection était également, comme
chaque année, d’une qualité remarquable avec, notamment, « 11 fleurs »
de Wang Xiaoshuai
, un habitué des prix en festivals. Son nouveau film
se déroule en 1974, au cœur de la révolution culturelle chinoise. Un garçon de
dix ans observe le monde des adultes et n’y comprend pas grand-chose. La
rencontre avec un meurtrier en fuite le pousse au secret et au mensonge. Cette
confrontation signera la perte de son innocence.

Sans doute le film le plus classique de cette
sélection pas pour autant le plus inintéressant, un film d’un classicisme
ingénieux. Comme le film précédemment évoqué, il mêle intelligemment innocence
(le regard d’un enfant) et violence (de la réalité historique, d’un ordre social
en pleine mutation, de la révolution culturelle, de la violence du silence
aussi, celui imposé). Toute l’intelligence de la réalisation réside dans ce
regard et ces souvenirs évoqués par esquisses impressionnistes à l’image du
célèbre tableau de Monet «Impression, soleil levant » évoqué dans le film.

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Si le cinéma coréen a souvent réservé les plus
belles surprises de ce festival, cette année, c’était peut-être en revanche le
moins bon film de cette compétition qui provenait de Corée : « Beautiful
Miss Jin » de Jang Hee-chul 
dans lequel Soo Dong est le gardien du
passage à niveau de la gare de Dongrae. Sa vie est monotone et sans surprises
jusqu’à l’arrivée en gare de trois passagers atypiques : une femme d’une
cinquantaine d’années appelée Miss Jin, une petite fille qui l’accompagne et un
ivrogne bavard. Soo Dong va rapidement s’intégrer à cette petite communauté et
développer avec elle une relation peu conventionnelle…

A nouveau dans ce film, on retrouve ce mélange de
tendresse, de solidarité et de violence de la situation sociale, néanmoins rien
à voir avec le film philippin, l’angle choisi et assumé étant celui de la
fiction. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la plupart des films de
cette compétition épousaient le point de vue d’enfants ou d’adolescents, comme
un monde en quête d’innocence malgré une réalité bien souvent étouffante.

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Dans « I carried you home » de Tongpong
Chantarangkul
(Thaïlande), il est aussi question de jeunesse  et de
deuil. Pann vit à Bangkok. Un jour, elle reçoit un appel de sa tante en pleurs
qui lui annonce que sa mère est dans le coma suite à un terrible accident. Elle
contacte alors sa soeur aînée Pinn, laquelle s’est enfuie après son mariage,
pour vivre à Singapour et y commencer une nouvelle vie loin des contraintes de
la famille. Les deux soeurs sont alors forcées de passer du temps ensemble et,
peu à peu, de réapprendre à s’ouvrir l’une à l’autre.

Le deuil devient finalement le « prétexte » à
leurs retrouvailles. Le récit, intelligemment décousu, nous montre comme elles
ont appris la terrible nouvelle, et permet de découvrir leurs deux
personnalités, leurs failles, leurs secrets. Deux belles interprétations pour un
film délicat et élégant.

Du rire aux larmes

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S’il y avait eu un prix du public il serait sans
doute revenu à « Saya Zamuraï » de Hitoshi Matsumoto , le
fantasque réalisateur japonais qui a déridé le public du CID en introduisant son
film par une curieuse déclaration d’amour à Mireille Mathieu, à Jean-Pierre
Pernaut et à la France.

Kanjuro Nomi est un vieux samouraï, sans épée et
avec un fourreau vide. Ayant été amené par le passé à jeter son épée et refuser
à se battre, il erre aujourd’hui sans but précis, accompagné de Tae, sa fille
unique. Désormais recherché pour avoir renié son seigneur, il est condamné à «
l’exploit des 30 Jours »: réussir en 30 jours – et à raison d’une chance par
jour – à redonner son sourire au prince éploré par le décès de sa mère. Si
Kanjuro réussit, il sera libre. Mais s’il échoue, il devra pratiquer le seppuku,
la forme rituelle japonaise du suicide par éventration.

A la première partie  dans laquelle règnent le
comique de répétition, l’humour absurde non dénué de poésie mais parfois un peu
trop de culture manga et télévisuelle (Matsumoto est célèbre pour ses émissions
comiques à la télévision japonaise) succède la seconde qui laisse place à
l’émotion. Un conte absurde magnifiquement filmé qui nous embarque dans sa folie
douce et nous charme dans sa déclaration d’amour et de courage finale d’un père
à sa fille magnifiquement interprétée par la jeune Sea Kumeda qui aurait mérité
qu’on initie un prix d’interprétation pour elle.

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En toute logique, terminons par le film
d’ouverture de ce 14ème Festival du Film Asiatique de
Deauville « The sun-beaten path » de Sonthar Gyal qui nous
emmenait au Tibet…

Nyma, un jeune homme instable, quitte Lhassa pour
retourner dans sa maison isolée près de Golmud. Le car étant un moyen de
transport trop rapide à ses yeux, il préfère aller à pied, quitte à affronter la
chaleur caniculaire du jour et le froid glacial de la nuit, sans parler de la
fatigue inhérente à la marche. Bien pire encore, il rejette systématiquement les
gestes amicaux d’un vieillard, lequel sacrifie pourtant son propre confort pour
mieux veiller sur le jeune homme.

Le ton était donné dès ce premier film qui
réunissait les thèmes phares de ce festival : le deuil et le road movie (avec,
comme issue, un retour aux sources ou une fuite impossible).  Le réalisateur l’a
présenté en disant y avoir mis « toute son âme » et en effet il s’agit d’un film
empreint de sérénité qui a une âme et qui fait contraster la brutalité
asphyxiante de ce que vit le protagoniste avec la beauté douce, apaisée, certes
parfois âpre, des grands espaces. Un film épuré duquel se dégage une sérénité
bienveillante et qui s’achève sur un regard plein d’espoir…

Un cinéma de contrastes et d’oxymores

Voix étouffées, cris d’espoir ou de douleur,
parole tue, condamnée ou jaillissante : tout en faisant souvent preuve d’une
économie de mots, cette compétition 2012 a traduit avec beaucoup de subtilité le
désarroi de personnages enfermés, étouffés, le plus souvent par la misère
sociale, qu’elle soit fruit de la dictature ou de catastrophes personnelles ou
naturelles. Un cinéma de contrastes, d’oxymores même : de douce violence et de
silences bavards. Un cinéma de qualité en tout cas, malgré sa noirceur qui
laissait parfois filtrer une lueur d’espoir d’autant plus belle et éclatante et
ravageuse, à l’image de celle de la fin de « Himizu », sans aucun doute l’image
qui restera de cette compétition cinématographiquement réjouissante. Vivement la
15ème édition…et en attendant vous pourrez bien entendu suivre ici
comme chaque année le Festival du Cinéma Américain de Deauville, de l’ouverture
à la clôture.

Prochain rendez-vous festivalier sur les
blogs inthemood
: le Festival de Cannes 2012 que vous pourrez suivre en
intégralité sur http://www.inthemoodforcinema.com
, http://www.inthemoodforcannes.com
et http://inthemoodlemag.com, de
l’ouverture à la clôture, comme chaque année et, en attendant, si vous êtes en
mal de lectures sur les festivals de cinéma, vous pouvez découvrir 4 de mes 13
nouvelles de mon recueil « Ombres parallèles » pour lequel je cherche
actuellement un éditeur : http://www.mymajorcompanybooks.com/meziere
. N’hésitez pas à y laisser vos commentaires et à vous y inscrire comme « fan »
si vous souhaitez soutenir le projet.

LE PALMARES 2012 du Festival du Film  Asiatique de Deauville en photos et vidéos et quelques photos de Deauville et du  festival :

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Lotus du meilleur film | MOURNING de Morteza Farshbaf

Lotus du jury | BABY FACTORY de Eduardo Roy jr.

Lotus Air France (prix de la critique  internationale) | HIMIZU de Sono Sion

Lotus Air France (prix de la critique  internationale) – Mention spéciale | MOURNING de Morteza Farshbaf

Lotus Action Asia | WU XIA de Peter Ho-sun  chan

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About Sandra Mézière

Romancière (auteur d'un premier roman "L'amor dans l'âme" et d'un recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles", publiés aux Editions du 38) et blogueuse. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 23 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés, 5 sur le cinéma et 2 sur le luxe et la mode ( http://inthemoodforcinema.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodfordeauville.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com, http://inthemoodforluxe.com ), de romans; scénarii et de nouvelles. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema ). Vous pouvez également me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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2 Comments

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  1. 235 jours, ça fait près de 8 mois! Deauville est un peu votre seconde patrie, non?! En tout cas, une ville de coeur, c’est évident!
    Votre affection pour ce lieu est communicative, Sandra, et votre compte rendu de festival est toujours aussi passionnant (et brillamment construit). Il donne des envies de voyages et des envies de cinéma, ça fait du bien! Je me suis noté « Himizu », « Mourning » et « Baby factory » entre autres, n’hésitez pas à nous reparler de ces films lors de leur sortie en France.
    Une mention particulière pour vos photos de Deauville baignées d’une lumière sublime!

    • @Mister Loup: Oui, en effet, Deauville est un peu ma seconde patrie, ma ville de coeur…et, qui sait, deviendra peut-être un jour ma première patrie. Vraiment ravie que ce compte rendu vous plaise et surtout que la mission soit remplie, c’es-à-dire que je vous donne envie d’aller au cinéma. Je serais curieuse d’avoir votre avis sur « Himizu »…à condition qu’il sorte en salles, ce qui n’est vraiment pas garanti. Je n’ai pas beaucoup d’efforts à faire pour les photos de Deauville, j’ai l’impression d’y être constamment devant un tableau et je ne me lasse pas de la photographier (au risque d’avoir 100 fois la même photo:-)).

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