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Palmarès des Oscars 2012: le triomphe mérité et historique de « The Artist » de Michel Hazanavicius et de Jean Dujardin

Written by Sandra Mézière. Posted in Actualités

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Oscar winner for Best Actor for the movie "The Artist" Jean Dujardin addresses the audience onstage at the 84th Annual Academy Awards on February 26, 2012 in Hollywood, California. AFP PHOTO Robyn BECK

Published on février 27, 2012 with No Comments

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Je ne peux pas m’empêcher de songer à cette
première projection cannoise de « The Artist » qui m’avait émue, bouleversée,
enthousiasmée, aux larmes alors de Jean Dujardin, à l’enthousiasme du Grand
Théâtre Lumière, à la sensation alors d’avoir découvert une pépite
cinématographique. Entre-temps le film aura récolté des récompenses partout, des
Bafta aux Goya, avant ce couronnement historique aux Oscars. An american dream.
Cette nuit la cérémonie des Oscars m’a donnée des frissons comme le film il y a
quelques mois, une sorte de mise en abyme l’un et l’autre étant un hommage
sublime au cinéma. Et quel parcours pour Jean Dujardin qui entre dans l’Histoire
en étant le premier acteur français à recevoir l’Oscar du meilleur acteur et qui
prouve qu’à force de talent, de ténacité, de passion, tout devient possible. Un
beau pied-de-nez aussi à ceux qui clament sans cesse la supériorité du cinéma
américain sur le cinéma français alors que le premier vient de s’incliner devant
le second. « The Artist » repart donc avec 5 Oscars après ses 6 César: meilleur
film, meilleur acteur, meilleur réalisateur, meilleure musique, meilleurs
constumes. Dommage pour Bérénice Béjo qui a heureusement obtenu
le César (cliquez ici pour lire mon article sur la cérémonie vécue en
direct)
vendredi dernier. Les César auront donc été les seuls à ne pas
reconnaître l’incroyable performance de Jean Dujardin. Sans commentaires. Je me
réjouis également du prix du scénario pour « Minuit à Paris » de Woody Allen, un
des meilleurs films de cette année 2011, également un hommage au pouvoir de
l’imaginaire, finalement à l’image des deux grands vainqueurs de cette 84ème
cérémonie: « The Artist » et Hugo Cabret de Scorsese.  Je vous invite à retrouver
ma critique de « The Artist » en bas de cet article et le palmarès,
ci-dessous.

PALMARES DES OSCARS 2012

Meilleur film

The Artist de Michel Hazanavicius

Meilleure actrice

Meryl Streep – La Dame de Fer

Meilleur acteur

Jean Dujardin – The Artist

Meilleur réalisateur

Michel Hazanavicius (The Artist)

Meilleur second rôle masculin

Christopher Plummer – Beginners

Meilleur second rôle féminin

Octavia Spencer – La Couleur des sentiments

Meilleur Scénario original

Minuit à Paris – Woody Allen

Meilleur Scénario adapté

The Descendants – Alexander Payne, Nat Faxon, Jim Rash

Meilleur film en langue étrangère

Une Séparation d’Asghar Farhadi (Iran)

Meilleur film d’animation

Rango de Gore Verbinski

Meilleure photographie

Robert Richardson pour Hugo Cabret

Meilleure direction artistique

Dante Ferretti et Francesca Lo Schavio pour Hugo Cabret

Meilleurs costumes

Mark Bridges pour The Artist

Meilleur documentaire

Undefeated de TJ Martin, Dan Lindsay, and Richard Middlemas

Meilleur court-métrage documentaire

Saving Face de Daniel Junge et Sharmeen Obaid-Chinoy

Meilleur court-métrage

The Shore de Terry George et Oorlagh George

Meilleur montage

Angus Kirk et Kirk Baxter pour Millenium

Meilleur maquillage

Mark Coulier et J. Roy Helland pour La dame de fer

Meilleure musique originale

Ludovic Bource pour The Artist

Meilleure chanson originale

Man or Muppet (Les Muppets)

Meilleur mixage

Tom Flesichmann et John Midgley pour Hugo Cabret

Meilleur montage son

Philip Stockton et Eugene Gearty pour Hugo Cabret

Meilleurs effets spéciaux

Rob Legato, Joss Williams Ben Grossmann et Alex Henning pour Hugo Cabret

Meilleur court-métrage d’animation

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore de William Joyce and Brandon Oldenburg

Critique de « The Artist » de Michel Hazanavicius

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Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011.

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Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011.

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Photo ci-dessus : crédits
inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film
« The Artist ».

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Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film « The Artist ».

C’était un dimanche matin de mai 2011, le début
du Festival de Cannes encore, en projection presse. Pas encore vraiment
l’effervescence pour le film qui obtint la palme d’or mais un joli bruissement
d’impatience parmi les regards déjà las, ou obstinément sceptiques. 1H40 plus
tard, la salle résonnait d’applaudissements, pendant dix minutes, fait rare en
projection presse. Le soir même, je suis retournée le voir en projection
officielle. L’émotion fut la même, redoublée par la présence de l’équipe du
film, terriblement émue elle aussi par les réactions enthousiastes du public,
par les rires tendres, par cette cavalcade d’applaudissements qui a commencé
lors de la dernière scène et ne s’est plus arrêtée pour continuer pendant un
temps qui m’a paru délicieusement long. Un beau, rare et grand moment du
Festival de Cannes.

Le pari était pourtant loin d’être gagné
d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir
et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là
avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique, mais très
éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup
d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de
chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un
producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était
déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition
pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel.

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Le film débute à Hollywood, en 1927, date
fatidique pour le cinéma puisque c’est celle de l’arrivée du parlant. George
Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet qui connait un succès
retentissant…mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière
à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante,
Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement placée dans
la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte
l’histoire de leurs destins croisés.

Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas
aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont
jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en
passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement
inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de
gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi, lui
surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un
hymne à l’art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si
versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer
de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean
Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas
Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster
Kane (magnifiques citations de « Citizen Kane ») et Bérénice Béjo, avec le
personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks,
Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du
muet.

Le cinéma a souvent parlé de lui-même… ce qui a
d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment « La comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz, «
La Nuit américaine de Truffaut », « Sunset Boulevard » de Billy Wilder, enfin «
Une étoile est née » de George Cukor et encore « Chantons sous la pluie » de
Stanley Donen et Gene Kelly auxquels « The Artist », de par son sujet, fait
évidemment penser. Désormais, parmi ces classiques, il faudra citer « The Artist
» de Michel Hazanavicius. Ses précèdents films étaient d’ailleurs déjà des
hommages au cinéma. On se souvient ainsi des références à « Sueurs froides » ou
« La Mort aux trousses » d’Hitchcock dans « OSS 117 : Rio ne répond plus ».

Hazanavicius joue ainsi constamment et
doublement la mise en abyme : un film muet en noir et blanc qui nous parle du
cinéma muet en noir et blanc mais aussi qui est un écho à une autre révolution
que connaît actuellement le cinéma, celle du Numérique.

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Le mot jubilatoire semble avoir été inventé
pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes,
ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la
réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail
du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les
états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource,
qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi,
notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels
Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation (même si Sean
Penn l’aurait également mérité pour « This must be the place »).

Flamboyant puis sombre et poignant, parfois
les trois en même temps, il fait passer dans son regard (et par conséquent dans
celui du spectateur), une foule d’émotions, de la fierté aux regrets, de
l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance. Il
faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de
travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage
(sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin
volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme
d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans « Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia qu’il
pouvait nous faire pleurer. Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa
palette de jeu et d’expressions de son visage.

Une des plus belles et significatives scènes
est sans doute celle où il croise Peppy Miller dans un escalier, le jour du
Krach de 1929. Elle monte, lui descend. A l’image de leurs carrières. Lui masque
son désarroi. Elle, sa conscience de celui-ci, sans pour autant dissimuler son
enthousiasme lié à sa propre réussite. Dujardin y est d’une fierté, d’une
mélancolie, et d’une gaieté feinte bouleversantes, comme à bien d’autres moments
du film. Et je ne prends guère de risques en lui prédisant un Oscar pour son
interprétation, ou en tout cas un Oscar du meilleur film étranger pour
Hazanavicius. Bérénice Béjo ne démérite pas non plus dans ce nouveau rôle de «
meilleur espoir féminin » à la personnalité étincelante et généreuse, malgré un
bref sursaut de vanité de son personnage. Il ne faudrait pas non plus oublier
les comédiens anglo-saxons : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell
(formidablement touchant dans le rôle du fidèle Clifton).

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Il y aura bien quelques cyniques pour dire
que ce mélodrame est plein de bons sentiments, mais Hazanicius assume justement
ce mélodrame. « The Artist » est en effet aussi une très belle histoire d’amour
simple et émouvante, entre Peppy et Georges mais aussi entre Georges et son
cabot-in Uggy : leur duo donne lieu à des scènes tantôt drôles, tantôt
poétiques, tantôt touchantes, et là encore parfois au trois en même temps.
Hommage aussi à ce pouvoir magique du cinéma que de susciter des émotions si
diverses et parfois contradictoires.

Michel Hazanavicius évite tous les écueils et
signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais
aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois
destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les
troublantes fêlures et la noble fragilité.

Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il
convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration
d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du
passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette
même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant
hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens
du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a
revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce
qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant. Parce qu’il montre
les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

Il ne se rapproche d’aucun autre film primé
jusqu’à présent à Cannes…et en sélectionnant cet hymne au cinéma en compétition
puis en le primant, le Festival de Cannes a prouvé qu’il était avant tout le
festival qui aime le cinéma, tous les cinémas, loin de la caricature d’une
compétition de films d’auteurs représentant toujours le même petit cercle
d’habitués dans laquelle on tend parfois à l’enfermer.

« The Artist » fait partie de ces films qui ont
fait de cette édition cannoise 2011 une des meilleures de celles auxquelles j’ai
assisté, pour ne pas dire la meilleure…avec des films aussi différents et
marquants que « This must be the place » de Paolo Sorrentino, « Melancholia » de
Lars von Trier, « La piel que habito » de Pedro Almodovar.

Un film à ne manquer sous aucun prétexte si,
comme moi, vous aimez passionnément et même à la folie, le cinéma. Rarement un
film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et
foudroyante. Oui, foudroyante comme la découverte de ce plaisir immense et
intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la
première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente
ici.

En bonus :

- Ma critique de « La Comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz

-Ma critique de « OSS 117 : Rio ne répond plus » de Michel Hazanavicius

-Ma critique d’ « Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia

-Ma critique des « Feux de la rampe » de Charlie Chaplin

 Critique de « Minuit à Paris » de Woody Allen

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About Sandra Mézière

Romancière (auteur d'un premier roman "L'amor dans l'âme" et d'un recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles", publiés aux Editions du 38) et blogueuse. Passionnée, avant tout. Surtout de cinéma et d'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle (mémoire sur le cinéma avec mention TB) et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d'écriture). 23 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 13 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture par l'écriture de 7 blogs/sites que j'ai créés, 5 sur le cinéma et 2 sur le luxe et la mode ( http://inthemoodforcinema.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodfordeauville.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com, http://inthemoodforluxe.com ), de romans; scénarii et de nouvelles. Pour toute demande (presse, contact etc) vous pouvez me contacter à : inthemoodforfilmfestivals@gmail.com ou via twitter (@moodforcinema ). Vous pouvez également me suivre sur instagram (@sandra_meziere).

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