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Critique de « Cheval de guerre » (War horse) de Steven Spielberg

Written by Sandra Mézière. Posted in Avant-premières, Critiques, Critiques des films à l'affiche en 2012

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Published on février 01, 2012 with 4 Comments

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Dans « La Liste de Schindler » et « Il faut sauver le soldat Ryan », Spielberg avait déjà retranscrit l’horreur ineffable de la guerre mais aussi les lueurs d’espoir ou d’humanité qui pouvaient en jaillir. Dans « Cheval de guerre » c’est à une autre guerre à laquelle il s’intéresse (la grande guerre) et à un autre style auquel il recourt (celui du conte) pour nous y plonger mais nous y retrouvons ces caractéristiques. C’est aussi d’une certaine manière une rencontre du troisième type, ou la rencontre avec un « ET » qu’il faut apprivoiser et qui recèle plus d’humanité que beaucoup d’hommes et qui, surtout, devient alors l’observateur de cette (in)humanité. Une morale simple avec laquelle Spielberg, pourtant, une fois de plus, parvient à emporter l’adhésion et l’émotion.

Spielberg semblait donc être destiné à adapter le roman éponyme de  Michael Morpurgo, publié en 1982. « Cheval de guerre » est l’histoire d’une amitié à la fois exceptionnelle et universelle entre un jeune homme, Albert (Jeremy Irvine), et le cheval qu’il a dressé, Joey. La Première Guerre Mondiale va les séparer. Le père d’Albert (Peter Mullan) va devoir vendre Joey à un soldat de la cavalerie britannique. C’est à travers les aventures extraordinaires de Joey que nous allons alors suivre la guerre. Au cours de son périple, il croisera de nombreux destins et autant de regards sur la guerre, des destins que cet animal hors du commun changera : soldats de la cavalerie britannique, combattants allemands, un fermier français et sa petite-fille… Pendant ce temps, Albert, s’engage dans la guerre…ne désespérant pas de croiser un jour la route de Joey…

Tout commence dans une magnifique campagne anglaise, celle du Devon, dans une chaumière qui semble tout droit sortie d’un conte de fées. C’est là que se déroulent les 45 premières minutes du film  (d’une durée totale de 2H27) qui servent d’exposition pour laisser le temps au lien exceptionnel entre Joey et Albert de se tisser. Même si je ne fais pas partie de ceux qui crient aveuglément au génie à chaque film de Spielberg, il faut lui reconnaître un incontestable talent de conteur qui n’en est que plus flagrant quand le conte est justement le genre choisi.

Certains s’offusqueront ou se sont déjà offusqués du fait que la guerre y soit édulcorée. D’une part, ce n’est pas totalement vrai, d’autre part, c’est nier le parti pris entièrement assumé par Spielberg, celui d’un film familial (n’oublions pas que le roman a été publié chez Gallimard jeunesse et que le film est distribué par Disney). Et si ce n’est pas totalement vrai, c’est parce que si le film est certes destiné aussi à un jeune public, le génie de Spielberg (ne pas crier au génie à chaque fois ne m’empêche pas de le lui reconnaître de temps à autre, même souvent) est de nous faire comprendre toute l’horreur de la guerre, et de celle-là en particulier, notamment dans une scène d’une redoutable ingéniosité, celle où deux frères sont fusillés par les Allemands, deux enfants encore, fauchés en pleine innocence, ou comment l’aile d’un moulin dissimule l’horrible scène mais ne la rend pas moins effroyable. Alors, certes, il n’y a pas de bains de sang, ni même vraiment de sang, visibles, mais l’horreur des tranchées n’en est pas moins représentée. L’approche de l’ensemble est d’ailleurs délibérément plus picturale que réaliste.

Après la longue exposition le film se divise alors en saynètes au gré des rencontres de Joey qui en est le fil conducteur et si cette exposition peut paraître un peu longue, sa nécessité apparaît alors pour nous faire comprendre la force du lien entre ces deux êtres, une amitié indéfinissable et inconditionnel. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que Richard Curtis ait participé à l’écriture. Le schéma pourrait être ainsi celui d’une de ses comédies romantiques : deux êtres que tout oppose apriori et sépare mais qui finiront (peut-être ) par se retrouver. La fin est d’ailleurs un magnifique hommage revendiqué à celle de la quintessence du film d’aventures romantique : « Autant en emporte le vent », avec lequel le film de Spielberg partage aussi cet hymne à la terre, cette terre que le héros n’aspire qu’à retrouver. Le héros, c’est ici ce « cheval de guerre », animal noble et fier, dans le regard duquel semblent passer une foule d’émotions, et une humanité poignante, la bonne idée étant de ne jamais tomber dans l’écueil de l’anthropomorphisme.

Alors sans doute les éternels cyniques reprocheront-ils au film sa naïveté, d’ailleurs plus qu’une naïveté, une candeur totalement assumée, et ses bons sentiments. Loyauté, espoir, courage, amitié, ténacité sont ainsi à l’honneur. Malgré quelques longueurs (j’avoue avoir regardé ma montre dans la première partie), la deuxième partie de cette Odyssée au souffle épique qui la justifie d’ailleurs et la fait oublier, m’a totalement embarquée parce que si Spielberg est un talentueux conteur, il a aussi un talent incontestable pour faire naitre l’émotion (la musique de John Williams y est aussi pour beaucoup) qui culmine au dénouement et dans les dix dernières minutes, certes prévisibles, mais non moins réussies, et d’autant plus que Spielberg parvient une fois de plus à nous émouvoir avec le prévisible (là où, par exemple, Baz Luhrmann échoue dans un film d’aventures comme « Australia », et dire que ce dernier va faire une nouvelle adaptation d’un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature quand la première était une telle réussite, je redoute le pire…).

« Cheval de guerre » mériterait d’être vu rien que pour cette « chevauchée fantastique » (d’ailleurs on ressent toute l’admiration que Spielberg porte au cinéma du réalisateur du film éponyme) au cours de laquelle Joey va traverser les tranchées et la ligne de front, en emportant avec lui les barbelés, scène d’une terrible beauté à laquelle en succèdera une autre.  Une scène de paix, de courage et d’espoir bouleversante où deux hommes retrouvent leur humanité pour sauver un animal en plein chaos et en plein « No man’s land ».

A noter les présences fortes de Peter Mullan et Niels Arestrup, deux figures paternelles. Le seul vrai bémol concerne le choix de la langue anglaise pour tous les acteurs qui aboutit parfois à des répliques alors ridicules quand un Anglais félicite un Allemand pour son Anglais, alors que tout le monde dans le film (Anglais, Allemands, Français) parle Anglais.

« Cheval de guerre » n’en reste pas moins un grand spectacle familial au dénouement poignant, un hymne à la beauté de la nature mais aussi aux films d’aventures dont Spielberg est le maître incontestable nous le prouvant à nouveau ici nous laissant bouleversés, suscitant une émotion imprévisible avec le prévisible, nous faisant croire à l’impossible, et surtout à la force épique et émotionnelle du cinéma, ici agréablement dévastatrice, qu’il manie et suscite mieux que nul autre, par une mise en scène ample et flamboyante, et non moins à hauteur d’hommes, et par un don de conteur qui fait de cette fable une réalité plausible.

 6 nominations aux Oscars.

Sortie en salles : le 22 février 2012

Retrouvez également cette critique sur http://www.inthemoodforcinema.com  .

 

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About Sandra Mézière

Passionnée, avant tout, en particulier par le cinéma et l'écriture. Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle et d'un Master 2 professionnel de cinéma. 15 fois membre de jurys de festivals de cinéma (dont 10 suite à des concours d'écriture). 20 ans de pérégrinations festivalières. Blogueuse depuis 10 ans. Je me consacre aujourd'hui à ma passion, viscérale, pour le cinéma et l'écriture notamment en écrivant sur mes 7 blogs et sites que j'ai créés et dont je persiste à être l'unique rédactrice (les 3 principaux: Inthemoodforfilmfestivals.com , Inthemoodlemag.com, Inthemoodforhotelsdeluxe.com ) mais aussi en écrivant des scénarii, romans et nouvelles. Egalement romancière, mes romans "Le Brasier" et "Les Orgueilleux" (qui se déroule dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville) ainsi que mon recueil de nouvelles romantiques et cruelles au cœur des festivals de cinéma "Ombres parallèles" ont été publiés par les Editions Numeriklivres (à compte d'éditeur) et sont disponibles dans toutes les librairies numériques: fnac.com, Amazon etc . Pour en savoir plus sur mon parcours, mes projets, les objectifs de ce site, rendez-vous sur la page "A propos" de ce site ( http://inthemoodlemag.com/about/) et pour la couverture presse sur la page "Dans les médias" ( http://inthemoodlemag.com/presse/ ). Je cherche à partager ma passion sur d'autres médias comme je le fais actuellement dans le magazine "Clap!" (en kiosques depuis juin 2014). A bon entendeur! Pour toute demande (presse, infos etc), vous pouvez me contacter directement à inthemoodforcinema@gmail.com .

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4 Comments

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  1. Tu es bien indulgente.
    C’est en effet très maîtrisé. Mais quel ennui ! Quelle non direction d’acteurs !
    Ce n’est pas naïf, c’est niaiseux.
    Un spectacle pour enfants ? Mais pourquoi leur faire croire que tout le monde est si gentil sauf deux allemands cré cré méchants ???

    Alors oui la plus belle, la plus forte scène est celle de la chevauchée fantastique à travers les tranchées. Mais j’ai bien failli voir un bandeau annonçant : « ATTENTION GRANDE SCENE ! ».
    Et puis prévisible à ce point ça en devient vraiment gênant .

  2. J’ai lu ta critique et vu à quel point tu avais adoré!:-) Au début du film, je pensais comme toi, je trouvais ça un peu long…et puis l’émotion l’a emporté. Oui, oui, j’avoue, je faisais partie de ceux qui reniflaient à la fin, à ma grande surprise car tu connais mon penchant pour les films pour enfants et d’animation. C’est vrai que c’est naïf (et pas niaiseux, je persiste et signe) mais Spielberg a tellement de talent qu’il me ferait croire à n’importe quoi et puis je ne pense pas qu’il voulait faire un documentaire sur la guerre mais raconter une fable. Pour les acteurs, le principal est que celui qui donne son titre au film joue bien (non, non, je ne suis pas de mauvaise foi:-)) et puis ça me manquait, on était trop souvent d’accord ces derniers temps. Bon, va voir « Une bouteille à la mer » plutôt que de critiquer Steven et celui-là je ne comprendrais pas que tu n’aimes pas.

  3. Je viens de lire votre critique. Je suis entièrement d’accord avec votre analyse. Si on ne comprend pas que Steven réalise un conte, on passe à côté de ce film. L’aspect naïf du film est intrinsèque au conte! Je suis moi-même fan d’animation et de films d’aventure… Mais il y a un point très important dans ce film que vous n’abordez pas et qui explique pourquoi le spectateur peut ressentir parfois (souvent?) de l’ennui. C’est l’exercice de style que s’imposent les auteurs, avec des contraintes très sévères. Vous en abordez une, vite fait, c’est le rejet de l’anthropomorphisme (ce qui du coup contredit la volonté de faire « naïf ») et la question de la vraisemblance (faire en sorte que cette histoire ait pu réellement existé dans la réalité Historique). Je m’en explique dans une petite critique ci-jointe que j’ai rédigé récemment.

    Exercice délicat qui consiste à raconter une histoire, mais avec le point de vue de l’animal, sans tomber dans l’anthropomorphisme. Car il ne s’agit pas d’un dessin animé avec des animaux qui parlent et qui se comportent comme des êtres humains, mais bien d’un film d’aventure (et aussi un récit de guerre) dont le héros est un cheval « normal ». Donc comment être en empathie avec ce héros lorsque celui-ci ne peut pas exprimer ses sentiments, et où l’objectif du film est aussi de rester constamment sur le registre du vraisemblable? L’astuce consiste à utiliser les protagonistes humains comme des faire-valoir tout au long du récit. C’est un exercice casse-gueule avec lequel Spielberg s’en tire relativement bien. Car la difficulté réside à faire en sorte que ce soit toujours le cheval (le héros du film!) qui soit au centre de l’histoire, et que ce soit, lui, également, qui fasse évoluer l’intrigue! Aussi les auteurs débutent le film en mettant en scène une amitié entre une jeune homme et le cheval qu’il a dressé. Ils vont devoir se séparer. Toute la question du film est de savoir ci ces deux-là vont se retrouver ou non?! La question aurait été vite résolue si le héros du film avait été le garçon. Mais le sujet se complique lorsque c’est au cheval que revient de résoudre cette problématique. Il y a donc une dispersion des faire-valoir « humains » pour les besoins de l’intrigue, et donc aussi une petite frustration des spectateurs dont l’empathie avec les « humains » ne peut pas s’installer sur une durée trop longue (au risque de faire de ces humains les protagonistes principaux du film). On ne retrouve donc qu’à la fin du récit le retour du jeune homme (qui ouvre et ferme l’intrigue). Car l’histoire du CHEVAL DE GUERRE, c’est l’histoire Du cheval!!! Ce procédé peut déstabiliser (ou désarçonner :) ) le spectateur, car difficile de s’identifier à un cheval (qui doit non seulement porter les cavaliers, mais aussi la thématique et les enjeux du film!). Récit initiatique à la fois pour le jeune homme et pour le cheval. Par ailleurs, très belle prestation des chevaux (et aussi des protagonistes humains)… Malgré les contraintes sévères que s’imposent les auteurs du film, le réalisateur parvient à nous livrer un joli conte pour enfants et adultes. L’émotion est présente… Il n’est pas nécessaire de savoir monter à cheval pour apprécier le film :-)

    Donc bien qu’il y ait une émotion certaine dans ce film (comme vous le dites, Spielberg est d’abord et avant tout un conteur : il aime raconter des histoires au cinéma), j’ai surtout vu la volonté aussi de faire un exercice de style plutôt réussi au final, car visiblement cet aspect essentiel du film vous a échappé. Donc pour ceux qui souhaitaient voir un récit de guerre très réaliste, c’est foutu, car là n’est pas le sujet du film, et encore moins les intentions premières des auteurs. La difficulté étant celle-ci : comment faire évoluer une intrigue dont le héros a quasiment un statut d’objet (il s’agit d’un cheval domestique dressé!), et donc sans libre-arbitre?… Un belle question de scénario!…

    • Merci pour cette critique très intéressante! J’ai moi-même trouvé ce film très beau et émouvant. Il démontre à quelle point la guerre peut être une sottise ignoble.

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